Hier, j’ai passé une heure formidable mais surtout troublante dans un planétarium. Voir ces planètes qui me sont si familières sur un dôme, comme en vrai, m’a ému et perturbé. Ces planètes dont je parle tant quotidiennement et qui finissent par n’être plus pour moi que des abstractions, des signifiants psychologiques ou des symboles spirituels et non plus ces majestueux corps rocheux ou gazeux. J’ai vécu un beau petit recadrage céleste… L’astrologue qui parle le langage des astres s’est senti plus humble du coup. Je dois avouer que mon cœur s’est emballé lorsque j’ai traversé les anneaux de Saturne. Saturne quoi ! Pas n’importe qui… SA-TUR-NE, la grande, à l’austère renommée, si froide, en même temps si belle… et moi, l’humain insignifiant, je tournoyais autour d’elle, sans combinaison, et même en short, énorme ! J’ai adoré aussi parcourir les constellations, pas que les « zodiacales », élargissant ainsi mon horizon astrologique, me rêvant Dauphin ascendant Dragon…

Et puis, ce fut la douche froide lorsque j’ai réalisé que Pluton n’était ni représentée, ni même mentionnée, même pas un petit hommage pour services rendus… Pluton que l’on a rétrogradée planète naine en août 2006, comme ça, par convention astronomique, sans demander son avis aux principaux intéressés, à savoir nous autres astrologues dont c’est l’outil de travail. Car oui, Pluton est un astre important en astrologie, incontournable… Croyez-moi, on la sent passer son influence perturbatrice dans nos vies, c’est du concret, du lourd, du titanesque pas du nanisme… même la géante Jupiter ne fait pas autant d’effets…

Alors, devant cette provocation publique, j’ai été pris d’une pulsion plutonienne destructrice, il me fallait venger cette humiliation astrologique, ce sacrilège symbolique, cela au nom de tous mes confrères qui se sont sentis bafoués, mais surtout en l’honneur de l’honorable Hermès Trismégiste pour qui « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » (ou l’inverse…). Oui, pour toutes ces raisons, (et parce que j’étais mal assis tout de même) j’ai été tenté de me lever et d’haranguer le conférencier :

« Hé, toi ! Descends de ta salle de projection si t’es un homme digne de ce nom ! Humilie-toi aux pieds des dieux antiques dont je suis le bras armé ! Viens, scientifique ignorant des lois célestes ancestrales, goûter au divin courroux !

Mais j’ai eu une illumination lorsqu’au même moment mon fils de cinq ans m’a demandé :

« Papa, ce sont les astres qui dans leur grande magnanimité façonnent les hommes ou bien les hommes qui font les étoiles ? « 

Je me suis dit que Pluton, Dieu des Enfers, des mondes souterrains, l’avait peut-être voulu ainsi pour mieux nous influencer à notre insu ? Je m’explique :

Nous avons constaté en astrologie que l’homme découvre de nouvelles planètes lorsqu’il exprime ou que parvient à sa conscience ce qu’elles symbolisent.

Pluton, découverte en 1930, dans l’entre-deux des guerres les plus destructrices que le monde ait connu, représente nos instincts les plus sombres, nos parts obscures, ce que nous refoulons et refusons de voir mais qui pourtant nous domine.

Que signifie donc ce déclassement de Pluton dans la hiérarchie planétaire?

Serions-nous en train de refuser de regarder en face ces aspects de notre humanité, avec le risque qu’ils ne nous asservissent davantage en retour ?

« Non merci, j’ai arrêté le sexe… je suis spirituel, je ne chevauche que des licornes… »

À moins que l’humanité ait décidé de s’éloigner de sa tendance destructrice et autodestructrice ainsi que de l’utilisation des énergies plutoniennes, tel le nucléaire ?

Après tout, pourquoi pas, on peut y croire…  à force d’épisodes climatiques alarmants, d’éclipses exceptionnelles, de descentes grégaires sur les Champs Elysées et de se dire Namasté à longueur de commentaires sur les réseaux sociaux, on va finir par s’éveiller, forcément…

Alors, je suis resté assis, humble dans mon short…

 

 

Illustration: d’après Saturne aurores NASA Hubble
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